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L’influence juive

Montreal

L’influence juive

Bien que Montréal soit le berceau de Saul Bellow, Leonard Cohen et Mordecai Richler, l’héritage juif dont la ville est enorgueillie dépasse largement les frontières de l’écriture. Malgré sa taille relativement petite si on la compare à d’autres cultures et traditions de la ville, l’influence juive est ancienne et répandue. Des générations ont grandi autour du Boulevard Saint-Laurent (alias « The Main » (la Main)) débordant d’activité dans le quartier du Plateau puis s’étendant au travers de la ville, et la cuisine juive traditionnelle est devenue une partie de la vie quotidienne, même pour les païens. Des boulangeries des ruelles aux épiceries fines très fréquentées et aux bonnes tables haut de gamme, d’une tendre viande fumée dans du pain au levain encore chaud aux bagels fraîchement sortis du four et aux cornichons faits localement que l’on peut trouver dans tous les frigos de la ville, la cuisine juive s’entremêle au tissu urbain.

 

Baladez-vous sur les charmants boulevards du Plateau, jusqu’aux rues étroites et ombragées de Mile End (fin du mille) puis au travers du dynamique quartier hassidique d’Outremont. Sur votre chemin, arrêtez-vous pour un brunch dans l’un des fameux cafés-restaurants juifs ; inscrivez-vous à une visite consacrée à la cuisine juive, goûtez les rugelachs sucrés de chez Cheskie ou la poitrine fumée de chez Schwartz, ou encore ramenez à la maison les cornichons casher en bocal de Mme Whyte. Pour reprendre la formule de Leonard Cohen : « Alléluia ! »

Bagels : Fairmount contre St-Viateur

Désolé New York, tu ne peux rien contre les bagels de Montréal. C’est le trio méthode, texture et goût qui distingue les bagels de Montréal de leurs misérables cousins américains. La pâte de Montréal est bouillie avant d’être cuite, et les bagels, une fois prêts, sont croustillants à l’extérieur et légers, moelleux et tendres à l’intérieur. Et on pourrait soutenir que c’est la rivalité de longue date, mais néanmoins cordiale, de deux boutiques familiales, situées à un îlot de distance, qui a rendu le bagel montréalais parfait. Demandez à un montréalais s’il préfère « Fairmount ou St-Viateur ? », ensuite asseyez-vous parce que la conversation sera passionnante. Les deux boutiques sont ouvertes 24h / 24 et la production ne s’arrête jamais, que ce soit pour vendre des bagels à l’unité à un étudiant trébuchant qui a besoin d’éponger une nuit de fête ou pour des caisses à expédier dans tout le pays à ceux qui en rêvent de loin. C’est fascinant de voir les énormes blocs de pâte coupés en gros morceaux, pétris grossièrement dans des cercles parfaits, placés doucement sur des spatules de trois mètres puis cuits à la perfection dans des fours à bois géants, comme cela dure depuis des décennies. Seuls les touristes mangent des bagels aromatisés à la cannelle ou au raisin, ou à l’ail et aux herbes, alors restez fidèles aux classiques comme le font les locaux : graines de sésame ou pavot. Le mieux c’est de les dévorer dès leur sortie du four, lorsque vous franchissez la porte en salivant et enfilez votre main dans le sac.

Wandering Chew : Visites culinaires et fêtes

Les cerveaux derrière Wandering Chew sont une historienne culinaire également écrivain gastronomique et une étudiante en droit dont la grand-mère a écrit un livre de cuisine canadienne classique de recettes ashkénazes. Katherine Romanow et Sydney Warshaw ont fondé Wandering Chew dans le but de préserver et de moderniser la cuisine juive en exploitant la diversité des communautés juives de Montréal. Les réactions à leur passionnant projet ont été extraordinaires, et ce qui a commencé par un blog a rapidement été transposé dans le monde digital ainsi qu’aux visites culinaires et aux fêtes locales. En unissant leurs forces à celles du musée du Montréal juif, Wandering Chew propose une visite à pied de la cuisine juive, des quartiers du Mile End et du Plateau. En visitant des institutions ancestrales tel que Beauty’s Luncheonette, mais aussi de nouvelles entreprises comme la boulangerie d’avant-garde Hof Kelsten, vous serez embarqués dans un voyage à travers le temps, les ruelles et la diversité des mets juifs qui ont fini par définir la ville. Si la visite est overbookée, vous pouvez toujours vous inscrire à l’un de leurs « évènements culinaires immersifs », des fêtes juives hybrides uniques durant lesquelles la cuisine juive des pays de toutes les parties du monde est célébrée (juive iraquienne, juive scandinave, juive mexicaine) ou des dîners à thèmes excentriques avec une touche juive, comme la célébration des poètes yiddish au travers d’un pique-nique au parc, ou d’un autre excessivement intitulé, « Fromage Meurtrier et Girl Power : Une Fête d’Hanouka ».

Casse-croûte Wilensky

La famille Wilensky a fièrement servi guère plus que des sandwichs de viande frite et des boissons gazeuses faites maison depuis plus de 85 ans. Entré dans l’histoire et précieux, Casse-croûte Wilensky a été immortalisé par Mordecai Richler dans son roman de 1959 The Apprenticeship of Duddy Kravitz (L'Apprentissage de Duddy Kravitz), mais c’était l’un des piliers du quartier bien avant cela. Le lieu n’est ouvert que quelques heures par jour pour le déjeuner, mais les gens y affluent pour le fameux Wilensky Special (Wilensky Spécial). La recette est assez simple : salami grillé et mortadelle sur un pain kaiser avec de la moutarde et du fromage. Des chefs de renom ont essayé de déchiffrer le secret de son succès, mais lorsque vous sirotez un cola à la cerise et mordez dans un sandwich toasté tendre et encore fumant, vous réalisez que seuls la magie et l’amour sont en mesure d’expliquer comment des ingrédients si simples peuvent se transformer en quelque chose de spécial. En regardant cette petite boutique, vous noterez cette vieille inscription derrière le comptoir là où les règles de la maison sont griffonnées au marqueur : « Quand on commande un Spécial, il faut savoir une chose ou deux. / Il vient toujours avec moutarde, il n’est jamais tranché en deux. / Ne vous posez pas de questions, c'est vraiment pour le mieux. / C'est comme ça qu'on le fait depuis 1932. » Un Spécial s’il vous plaît !

Boulangerie Cheskie

Pour un passant occasionnel, cette boulangerie très éclairée, d’esthétique simple – fenêtres vitrées, étagères assemblées en acier et sols industriels et béton – peut sembler rebutante, mais détrompez-vous : pénétrer chez Cheskie, c’est comme se laisser entraîner dans un rêve parfumé de votre enfance. La boulangerie hassidique dirigée par un ancien new-yorkais Cheskie Lebowitz sert une palette de couleurs impressionnante de gâteaux et biscuits, rum balls (truffes au rhum) et puffed pastries (pâtisseries à base de pâte feuilletée), cheesecakes (gâteaux au fromage) marbrés et custard doughnuts (donuts à la crème anglaise), et une gamme de pains, tous fraîchement sortis du four, tous casher, tous délicieux. Ils sont alignés méticuleusement sous des comptoirs en verre comme les bijoux les plus précieux au monde, et on commet presque un acte criminel en commandant quelque chose qui troublera cette nature morte vive et parfaite. Toujours actifs avec les enfants du quartier agglutinés autour de la machine à glace à l’italienne ou les parents prévenants examinant les gourmandises qu’ils veulent vraiment pour eux-mêmes, Cheskie a créé une machine à confiserie à mouvement perpétuel, une version boulangerie de la chocolaterie de M. Wonka . Comme elle est fermée le samedi, faites la queue à l’extérieur du Cheskie qui s’étend jusqu’au bas de la rue le vendredi en début de soirée, lorsque le soleil se rapproche doucement de l’horizon et baigne l’angle animé du Parc Pierre et Bernard Lucas d’une lueur orange vif, les juifs comme les païens tapant anxieusement des pieds en attendant leur tour pour avoir quelques-uns des fameux croissants miniatures rugelach à la cannelle.

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